BIARD : UNE HEURE DE PRESSION INSUPPORTABLE SUR LES DIRECTRICES… MAIS TOUJOURS PAS DE TROISIÈME CLASSE !

par Fabien Vasselin, représentant des personnels pour le SNUDI-FO

Jeudi 10 septembre à 15 h 30, les directrices des écoles maternelle et élémentaire de Biard, invitées à un entretien à la DSDEN de la Vienne, ont demandé à être accompagnées par un représentant du personnel du SNUDI-FO 86, Fabien Vasselin. Elles ont été reçues par M. Gay, IEN adjoint à la DASEN, et Mme Vial, IEN de circonscription. Près d’une heure d’entretien. Compte rendu SNUDI-FO86.

Nous aurions pu penser que cette nouvelle invitation avait pour objet de nous annoncer qu’au regard de l’évolution des effectifs de l’école maternelle, la DSDEN avait finalement décidé de prendre ses responsabilités et d’ouvrir la troisième classe revendiquée.

Il aurait alors été parfaitement logique d’en informer en premier lieu les personnels concernés et leurs représentants, avant de recevoir les parents d’élèves et les élus locaux le lendemain. Il n’en fut rien.

Pour la quatrième fois depuis mars (la troisième depuis la rentrée), les directrices allaient entendre la même proposition et devoir apporter, une nouvelle fois, la même réponse.

Mais avant même de parler des effectifs et de la troisième classe, l’entretien a commencé par une succession de reproches adressés aux directrices et aux équipes.

Le problème de la maternelle de Biard est pourtant parfaitement concret : 58 élèves pour deux classes, soit 30 élèves dans l’une et 28 dans l’autre (3 classes l’an dernier, 55 élèves : l’école a été victime du retrait d’une classe lors du CSASD86 de mars).

L’administration retient pour sa part 57 élèves, refusant d’intégrer au comptage un élève accueilli en inclusion deux demi-journées par semaine et accompagné dans ce cadre (NB : les enseignantes de l’école n’ont pourtant pas compté leurs heures pour préparer cette inclusion dans les meilleurs conditions possibles en multipliant les heures de réunion hors des 108h annualisées CQFD).

Mais ce n’est pas par cette situation que l’entretien commence.

Les premières minutes sont consacrées à ce que les directrices auraient dû faire, à ce qu’elles n’auraient pas fait, à ce qu’elles auraient dû signaler à leur hiérarchie et même à ce qu’un enseignant de l’école aurait prétendument déclaré à la presse.

Pour le SNUDI-FO 86, cette entrée en matière s’apparente à une véritable tentative d’intimidation et de mise en cause de la loyauté professionnelle des directrices, avant même d’aborder le fond du dossier.

Des manifestations de parents que les directrices auraient dû signaler

Premier reproche : les directrices n’auraient pas informé leur IEN des manifestations organisées par les parents d’élèves après le refus d’ouverture.

L’IEN explique avoir découvert par la presse et les médias l’existence de ces mobilisations et de la banderole installée sur les grilles de l’école.

Rappelons pourtant de quoi nous parlons : de parents d’élèves manifestant pacifiquement devant l’école, à l’extérieur de l’enceinte scolaire, pour demander l’ouverture d’une classe.

L’administration explique néanmoins aux directrices qu’elles auraient dû faire remonter ces informations au titre notamment du bon fonctionnement de l’école et de la « sécurisation des personnels ». Allons donc !

FO demande alors une chose très simple : quel texte réglementaire impose à un directeur d’école d’informer son IEN de toute manifestation citoyenne organisée sur la voie publique à proximité de son école ?

Aucune référence réglementaire précise ne nous sera fournie. Normal : il n’y en a pas.

Les directeurs ont déjà suffisamment de responsabilités et de tâches à accomplir sans que l’on invente au gré des circonstances de nouvelles obligations dont personne n’est capable de nous fournir le fondement réglementaire.

« Quel enseignant s’est exprimé dans la presse ? »

Autre reproche formulé dès le début de l’entretien : un enseignant de l’école se serait exprimé dans La Nouvelle République.

La question est même posée aux directrices : savent-elles quel enseignant aurait parlé à la presse ?

Nous demandons de quel article il s’agit. Réponse “Mais si vous savez”.

Nous demandons à voir cet article où un enseignant de l’école aurait prétendument pris la parole (et que les directrices devraient donc dénoncer pouvons-nous supposer, sinon pourquoi cette question ?)… On ne peut pas nous présenter l’article. Donc on fait comment ?

Heureusement FO dispose de l’article en question :

Nous le sortons et le vérifions pendant l’entretien.

Les propos qui y sont rapportés sont ceux d’une représentante des parents d’élèves, du maire de Biard et d’un député. Aucun enseignant de l’école n’est cité.

L’accusation formulée quelques instants auparavant ne repose donc tout simplement sur rien.

Il nous sera alors répondu que certains propos rapportés pourraient « ressembler » à des informations provenant d’enseignants. Oh !

FO s’en étonne : faudrait-il donc considérer qu’une représentante des parents d’élèves, un maire ou un député seraient incapables de connaître et de maîtriser le dossier d’une école ?

Et quand bien même un enseignant dûment mandaté par une organisation syndicale se serait exprimé publiquement dans l’exercice de son mandat, l’exercice des droits syndicaux ne saurait évidemment être assimilé à un défaut de loyauté.

Donc on parle enfin de l’ouverture de la troisième classe ? Non, toujours pas !

La banderole : une contradiction particulièrement révélatrice

Vient ensuite la question de la banderole installée sur les grilles de l’école.

L’IEN demande à la directrice de maternelle d’intervenir auprès des parents afin qu’elle soit retirée.

La directrice demande très concrètement : auprès de qui doit-elle intervenir puisqu’elle ignore qui a installé cette banderole ? Doit-elle écrire aux représentants des parents d’élèves ?

Il lui est répondu que cela peut être demandé oralement. Ce serait mieux…

FO intervient alors.

Puisque Mme l’IEN reproche à la directrice de ne pas l’avoir informée de cette banderole, elle en est désormais informée. Si l’administration considère que cette banderole doit être retirée, qu’elle s’adresse donc elle-même aux parents, au maire ou à l’autorité qu’elle estime compétente et qu’elle indique le fondement réglementaire de sa demande.

Réponse particulièrement surprenante : Mme l’IEN indique qu’elle demande à la directrice d’intervenir parce qu’elle-même n’aurait pas le pouvoir de demander aux parents ou au Maire de retirer la banderole. De mieux en mieux…

FO pose alors la question qui s’impose :

Si l’IEN estime qu’elle ne dispose pas elle-même de ce pouvoir, de quel pouvoir supplémentaire disposerait la directrice pour exiger des parents qu’ils retirent cette banderole ?

Nous n’obtiendrons aucune réponse.

La contradiction est pourtant manifeste.

On reproche à une directrice de ne pas avoir informé sa hiérarchie. Une fois sa hiérarchie informée, celle-ci explique ne pas disposer du pouvoir nécessaire pour intervenir mais demande néanmoins à la directrice d’accomplir elle-même cette démarche !

Et tout cela serait fait au nom de la « sécurisation des personnels » ? On marche sur la tête !

Pour FO, demander à une directrice de se placer elle-même face à des parents mobilisés pour exiger le retrait de leur banderole est précisément susceptible de la mettre inutilement en porte-à-faux, nuire à sa sécurité, et d’accroître les tensions.

Une manifestation démocratique, citoyenne et pacifique de parents d’élèves n’a pas à devenir un problème à régler par les directrices.

Si l’administration considère qu’une banderole contrevient à une disposition réglementaire, qu’elle indique laquelle et que l’autorité juridiquement compétente assume elle-même la décision d’en demander le retrait.

Et si nous parlions enfin des 58 élèves sur deux classes surchargées?

Après cette longue entrée en matière, nous abordons enfin le véritable sujet : les effectifs de l’école maternelle.

L’année précédente, après la fermeture d’un poste, une troisième classe avait finalement été maintenue grâce à un moyen provisoire.

Lors du CSASD de mars, 51 élèves étaient annoncés.

Les effectifs ont ensuite augmenté : hausse constatée en juin, perspective d’environ 60 élèves à la mi-août puis 57 élèves au comptage de rentrée. Mais lors du CSA-SD de rentrée du mercredi 2 septembre l’IEN déclare en instance avoir été contrainte de faire elle-même l’appel des enfants (information confirmée par aucun fonctionnaire présent CQFD) de chaque classe et n’avoir compté que 55 élèves…

Refusant de compter 3 élèves devant arriver pour le lundi 7 septembre (2 retour d’Outre-Mer, 1 élèves en inclusion avec aménagement de la rentrée).

À la demande de FO, un second comptage a été effectué le lundi 7 septembre, suivant le CSA-SD. Il confirmait ces 57 élèves.

À ceux-ci s’ajoute un enfant accueilli progressivement en inclusion deux demi-journées par semaine, que l’administration refuse d’intégrer au comptage au motif qu’il est déjà scolarisé dans une unité extérieure et accompagné lors de son accueil.

Pour FO, la réalité quotidienne est pourtant bien celle-là : 58 enfants sont accueillis dans cette école maternelle.

Et aujourd’hui, deux classes accueillent respectivement 30 et 28 élèves.

Même l’administration reconnaît que les effectifs sont conséquents. Donc ?

Trois solutions… dont une éliminée avant même la discussion

L’administration nous présente alors trois hypothèses.

La première serait l’ouverture d’une troisième classe en maternelle.

Elle est immédiatement écartée.

La deuxième consiste à maintenir la situation actuelle : deux classes maternelles avec les effectifs que l’on connaît.

La troisième, privilégiée par l’IEN on l’aura compris, consiste à transférer des élèves de grande section vers l’école élémentaire voisine.

L’élémentaire dispose actuellement notamment d’un CP à 18 élèves et d’un CE1 à 17. L’administration envisage donc une classe de GS-CP et éventuellement une nouvelle répartition de certains CP vers le CE1 afin de constituer un CP-CE1.

Selon Mme l’IEN, la commune serait par ailleurs prête à mettre à disposition une ATSEM à 50 % pour accompagner cette organisation.

Voilà donc la solution proposée au manque de moyens : bouleverser quinze jours après la rentrée l’organisation pédagogique de deux écoles. Oublier la réglementation qui dit que lorsqu’il existe une école maternelle les élèves d’âge de maternelle sont scolarisés en maternelle, et idem pour les élèves d’élémentaire. Nos interlocuteurs nous indiquent qu’on peut toujours contourner, s’arranger, qu’il existe une solution à tout…

FO a posé la question : comment expliquer pédagogiquement aux familles que certains enfants de grande section doivent quitter leur classe et leurs camarades pour rejoindre l’école élémentaire, non parce que leur intérêt pédagogique le commanderait, mais parce que l’Éducation nationale n’a pas attribué le moyen permettant d’ouvrir la troisième classe nécessaire ?

Cette proposition s’accompagne par ailleurs de pressions inacceptables sur l’équipe, notamment autour de l’enseignant auquel il serait demandé d’accueillir les élèves de grande section. Les personnels n’ont pas à subir de telles pressions pour pallier le manque de moyens de l’Éducation Nationale (retrait de 43 emploi pour la Vienne à cette rentrée).

Les directrices ont refusé de prendre au nom de leurs équipes la responsabilité d’imposer cette réorganisation. Si l’administration veut prendre cette décision, qu’elle la prenne elle-même, dans le cadre réglementaire approprié, et qu’elle en assume la responsabilité.

Face à ce refus, l’IEN et l’IEN adjoint invoquent la loi Rilhac et les responsabilités des directeurs en matière de pilotage pédagogique.

Sauf que la loi Rilhac ne donne pas aux directrices la direction de l’école voisine !

FO ne conteste évidemment pas que le directeur répartit les élèves entre les classes et les groupes de l’école dont il assure la direction. Mais la loi Rilhac ne donne pas à la directrice de maternelle la direction de l’école élémentaire voisine. Elle ne donne pas davantage à la directrice de l’élémentaire le pouvoir de décider que des élèves inscrits et scolarisés dans une autre école vont désormais être accueillis dans la sienne.

L’administration évoque alors la possibilité d’un aménagement, d’une dérogation ou d’une expérimentation. Très bien : qu’elle fournisse le cadre réglementaire précis, qu’elle prenne elle-même les décisions qui relèvent de sa compétence et qu’elle les assume.

« Le CSASD est passé, on ne peut plus ouvrir »

L’autre argument opposé à l’ouverture est que le CSASD de rentrée s’est déjà tenu et que la carte scolaire a été voté avec 7 voix pour (FSU-SNUipp 4 voix, UNSA 3 voix), 1 abstention (FSU-SNUipp), et seulement 2 contre (SNUDI-FO). L’administration indique que l’ouverture ne pourrait donc plus être décidée.

FO a contesté cet argument : aucun texte ne nous a été présenté indiquant qu’une fois le CSASD de rentrée passé, la DASEN perdrait toute possibilité d’affecter un moyen supplémentaire à une école dont la situation l’exige. Des ajustements postérieurs aux instances ont déjà existé lorsque l’évolution des situations le nécessitait.

Ce qui manque aujourd’hui à Biard n’est donc pas la possibilité d’agir. Ce qui manque, c’est le poste.

FO demande de prendre sur les moyens de remplacement du département comme ça s’est déjà fait à de multiples reprises dans pareil situations.

Une « concertation » qui tourne en rond

Pendant près d’une heure, les directrices ont dû résister à une pression considérable pour ne pas endosser une décision qu’elles refusent de prendre contre l’avis de leurs équipes. Lorsque la même proposition est répétée pour la quatrième fois en réunion, et dix fois durant cette réunion au Rectorat, alors que les personnels ont déjà donné leur réponse, il ne s’agit plus d’une véritable concertation.

Nous sommes obligés de rappeler que quand c’est “non”, c’est “non” face à ce qui ressemble très fortement à du harcèlement psychologique.

FO dénonce ces méthodes et ces pressions exercées sur les personnels pour tenter de leur faire porter les conséquences du manque de moyens.

Suite à cette réunion FO se réserve le droit avec les collègues concernés de compléter des RSST (Registres Santé et Sécurité au Travail) et faire une saisine de la F3SCT86. Nous nous adresserons à la DASEN pour regretter que malgré l’usage récurent du “mot bienveillance” jusqu’à l’usure de, telles pratiques persistent, mettant en danger la santé de nos collègues. Cela ne peut plus durer !

On peut se demander ce qu’il se serait passé si FO n’avait pas été présent pour accompagner les collègues face à ces pressions : félicitations aux directrices qui ont tenu bon ! Convocation ou simple «invitation» au rectorat, à la DSDEN ou par la hiérarchie : faites-vous toujours accompagner par FO !

Nous reviendrons dans un prochain article sur les suites de cette audience.

En effet vendredi soir il a été annoncé… pas d’ouverture de classe, mais un renfort.

Solution de bricolage qui ne satisfait personne !